Tesamorelin
Analogue de la GHRH complète (44 acides aminés), stabilisé
La GHRH est l'hormone qui déclenche la libération de l'hormone de croissance.
Dans les essais de phase 3, la graisse abdominale profonde, mesurée par imagerie, a baissé en moyenne jusqu'à 17,5 % alors qu'elle augmentait sous placebo, et la graisse sous la peau a été préservée.
C'est un analogue de la GHRH entière, ses 44 acides aminés, avec un groupement hexénoïque qui le protège de l'enzyme DPP-4. Sa molécule est l'actif d'un médicament d'ordonnance homologué aux États-Unis.
Il est aussi étudié pour les fonctions exécutives : chez 152 adultes de 55 à 87 ans, un essai a mesuré un effet favorable sur la planification et le passage d'une tâche à l'autre (Baker, 2012).
- Demi-vie
- Environ 25 à 40 minutes ; la pulsation d'hormone de croissance survient dans l'heure qui suit.
- Voie
- Injection sous-cutanée (dans le ventre dans les essais), au rythme du protocole remis avec le produit.
Fiche technique
- Famille
- Analogue de la GHRH complète (44 acides aminés), stabilisé
- Demi-vie
- Environ 25 à 40 minutes ; la pulsation d'hormone de croissance survient dans l'heure qui suit.
- Voie
- Injection sous-cutanée (dans le ventre dans les essais), au rythme du protocole remis avec le produit.
- Délai d'effet
- IGF-1 plus élevé en une à deux semaines ; la graisse abdominale profonde a été mesurée après trois à six mois dans les essais.
- Niveau de preuve
- Documenté chez l'humain : Chez l'humain : surtout des adultes vivant avec le VIH qui présentent un excès de graisse abdominale ; un essai chez des adultes de plus de 55 ans.
Contrairement au CJC-1295, qui ne garde que les 29 premiers acides aminés de la GHRH, le tesamorelin en reprend la séquence entière.
La GHRH entière, stabilisée
Le tesamorelin reprend la séquence complète de la GHRH (growth hormone-releasing hormone), avec à son extrémité un petit groupement chimique (un acide hexénoïque) : il échappe ainsi à l'enzyme DPP-4, qui coupe la GHRH naturelle en quelques minutes, sans que sa fixation sur le récepteur change.
Une libération commandée, pas une hormone apportée
Le tesamorelin ne contient pas d'hormone de croissance : il fait libérer celle de l'hypophyse, par pulsations. Cette libération reste soumise au rétrocontrôle du corps (la somatostatine freine, l'IGF-1 renseigne), contrairement à une injection d'hormone de croissance, qui impose son propre niveau.
Pourquoi la graisse profonde du ventre
L'hormone de croissance mobilise les graisses (lipolyse), et la graisse viscérale, logée autour des organes, y est particulièrement sensible. Mesurée par imagerie dans les essais, elle a diminué, alors que la graisse sous la peau du ventre et celle des membres ont peu changé.
Effets et délais réalistes
Axe de l'hormone de croissance : IGF-1 en hausse de 81 % dans l'essai de référence (2007)
Une à deux semaines
Graisse abdominale profonde : jusqu'à 17,5 % de moins, mesurée par imagerie
Trois à six mois
Triglycérides en baisse : moins 50 mg/dL, contre plus 9 sous placebo (2007)
Trois à six mois
Fonctions exécutives : effet favorable mesuré chez 152 adultes de 55 à 87 ans (2012)
Environ cinq mois
Ce qu'on peut ressentir
- Réaction au point d'injection : rougeur, démangeaisons, petite douleur.
- Douleurs aux articulations ou aux muscles, douleurs dans les bras ou les jambes.
- Rétention d'eau : enflure des mains, des pieds ou des chevilles.
- Fourmillements ou engourdissement des mains.
- Glycémie un peu plus élevée en début d'utilisation.
On arrête et on consulte si
- Fourmillements ou engourdissement des mains qui persistent ou s'aggravent.
- Enflure marquée des mains, des pieds ou des chevilles.
- Soif intense, urines abondantes.
- Après une injection, une éruption qui s'étend sur le corps ou une enflure du visage.
Quand s'abstenir
- Cancer actif ou antécédent récent.
- Diabète non contrôlé.
- Grossesse ou allaitement.
- Trouble de l'hypophyse ou de l'hypothalamus : chirurgie ou ablation de l'hypophyse, insuffisance hypophysaire, tumeur, radiothérapie ou traumatisme de la tête.
- Allergie connue au tesamorelin.
- Personne mineure.
Antidopage : interdit par l'Agence mondiale antidopage (la GHRH et ses analogues, dont le tesamorelin nommément, S2).
Les effets à surveiller, et comment les réduire
Cette fiche est éducative. Elle ne remplace ni un diagnostic ni un suivi. Si vous avez un problème de santé, êtes enceinte, allaitez ou prenez des médicaments, parlez-en à un professionnel de la santé.
À éviter
- CJC-1295, avec ou sans DAC, seul ou dans la formule combinée : deux analogues de la GHRH sur le même récepteur.
- Hormone de croissance exogène : effets additionnés, rythme naturel perdu.
- Insuline ou médicaments du diabète sans suivi médical : l'hormone de croissance peut élever la glycémie, et leur dose peut devoir être revue.
- Cortisone prise pour remplacer celle que les glandes surrénales ne produisent plus, anticonvulsivants, hormones sexuelles ou cyclosporine, sans suivi médical : l'hormone de croissance peut modifier la façon dont le corps les active ou les élimine.
Deux essais de phase 3 (plus de 800 participants, 26 semaines) ont mesuré une baisse de la graisse abdominale profonde et des triglycérides et une hausse de l'IGF-1, sans changement notable de la glycémie moyenne.
C'est l'actif d'un médicament d'ordonnance homologué aux États-Unis pour l'excès de graisse abdominale profonde chez des adultes vivant avec le VIH ; il l'a aussi été au Canada, où il n'est plus commercialisé.
Dans les essais, l'effet sur la graisse ne persistait pas après l'arrêt. En dehors des adultes vivant avec le VIH, les données sont plus limitées : les résultats ne se transposent pas automatiquement à d'autres personnes.
2007 · Falutz et coll., New England Journal of Medicine
412 adultes vivant avec le VIH et un excès de graisse abdominale, 26 semaines, contre placebo
Graisse abdominale profonde en baisse d'environ 15 % (en hausse de 5 % sous placebo), triglycérides en baisse, IGF-1 en hausse, glycémie moyenne inchangée. Plus d'abandons pour effets indésirables que sous placebo.
2008 · Falutz et coll., AIDS
Prolongation du même essai jusqu'à 52 semaines, avec un groupe passé au placebo
La baisse de la graisse profonde s'est maintenue chez ceux qui ont continué, sans dégrader la glycémie ; chez ceux qui ont arrêté, elle s'est reconstituée. L'effet dure le temps de l'utilisation.
2012 · Baker et coll., Archives of Neurology
152 adultes de 55 à 87 ans, en bonne santé ou avec un trouble cognitif léger, 20 semaines, contre placebo
Effet favorable sur les fonctions exécutives (planifier, passer d'une tâche à l'autre), IGF-1 en hausse en restant dans les valeurs normales, masse grasse en baisse. Effets indésirables légers, plus fréquents que sous placebo.
2019 · Stanley et coll., Lancet HIV
61 adultes vivant avec le VIH et un excès de graisse dans le foie, 12 mois, contre placebo
Graisse du foie en baisse plus marquée que sous placebo, sans différence de glycémie à 12 mois. Plus de réactions au point d'injection, aucune jugée grave.
Qu'est-ce qui distingue le tesamorelin ?
Il reprend la séquence entière de la GHRH, ses 44 acides aminés, stabilisée contre l'enzyme DPP-4. Et il a ses propres essais de phase 3 chez l'humain : sa molécule est l'actif d'un médicament d'ordonnance homologué aux États-Unis.
Est-ce un produit pour perdre du poids ?
Il est étudié pour une graisse précise plutôt que pour le chiffre sur la balance : la graisse profonde du ventre, celle qui entoure les organes. Dans les essais, elle a baissé jusqu'à 17,5 %, et la graisse sous la peau a été préservée.
Que se passe-t-il à l'arrêt ?
L'effet dure le temps de l'utilisation : dans les essais, la baisse s'est maintenue sur un an chez ceux qui ont continué, et la graisse abdominale profonde s'est reconstituée dans les mois suivant l'arrêt. L'alimentation et l'activité physique restent ce qui dure.
Pourquoi les études parlent-elles surtout du VIH ?
C'est auprès d'adultes vivant avec le VIH, chez qui la graisse abdominale profonde s'accumule souvent, que la molécule a été développée : c'est ce qui lui vaut ses essais de phase 3 et son homologation, une base que peu d'analogues de la GHRH possèdent.
Un autre essai a porté sur des adultes de 55 à 87 ans, en bonne santé ou avec un trouble cognitif léger.
Glossaire (6)
- GHRH
- Hormone de libération de l'hormone de croissance, produite par l'hypothalamus.
- Graisse viscérale
- Graisse profonde du ventre, logée autour des organes, distincte de la graisse sous la peau.
- IGF-1
- Facteur de croissance produit surtout par le foie sous l'effet de l'hormone de croissance ; c'est lui qu'on mesure par prise de sang pour suivre cet axe.
- DPP-4
- Enzyme qui dégrade rapidement plusieurs peptides hormonaux, dont la GHRH et le GLP-1.
- Lipodystrophie
- Répartition anormale de la graisse du corps, perdue à certains endroits et accumulée à d'autres.
- Phase 3
- Grand essai clinique, comparé à un placebo, qui précède l'homologation d'un médicament.